
Racines
Lou Lubie
Dargaud – mai 2024
216 p. – 25,50 €
9782413082743
On n’est jamais content de ses cheveux : Rose, qui a les cheveux crépus, rêve de les avoir lisses. Pour se conformer aux normes sociales, elle sera prête à tout, quitte à gommer son identité métissée. Entre enquête de société et récit de vie, une BD riche et touchante qui parle de sexisme, de racisme, d’héritage et d’acceptation de soi.
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Un véritable thriller politique
La bande dessinée Racines nous fait découvrir le fonctionnement de nos cheveux mais aussi nous amène sur différents sujets comme le féminisme, le racisme et les enjeux socio-culturels.
Quelques mots sur cette œuvre :
L’autrice Lou Lubie nous partage un récit sur la jeune Rose, un personnage fictif, à travers lequel elle nous partage les difficultés d’être une femme métisse.
En effet, la jeune Rose tout au long de l’histoire nous montre sa recherche de soi à travers son apparence afin de pouvoir acquérir une confiance en soi. Mais pour cela, elle devra affronter la société, le patriarcat et le racisme.
Résumé : La jeune Rose naît à la Réunion d’une mère créole noire et d’un père créole blanc.
Dès son plus jeune âge, elle est complexée par sa nature de cheveux frisés, de la difficulté à se les coiffer et de l’inégalité par rapport aux cheveux lisses qui sont eux perçus comme « beaux ».
Rose commence sa vie en subissant des réflexions et des moqueries par rapport à ses cheveux. Alors elle n’espère qu’une chose, que ses cheveux soient lisses. C’est alors le début de sa quête sur son apparence pour correspondre aux critères de notre société.
Malheureusement Rose a dû se séparer de sa terre natale afin de partir dans l’hexagone afin de poursuivre ses études.
Les enjeux étudiés :
L’un des principaux enjeux de ce livre est socio-culturel.
En effet, lorsqu’elle arrive en Europe, elle est confrontée à la méconnaissance de ses différences vis-à-vis de ses cheveux. Cela met en lumière un paradoxe car notre société veut paraître ouverte aux différences, mais lorsque se présente une différence peut-être connue culturellement, elle émet des réticences à l’accepter.
Cela met en avant les difficultés du métissage dans notre société. L’importance d’appartenir à une catégorie (blanc ou noir) par les différentes ethnies. Rose nous partage sa difficulté à se sentir à sa place dans l’une de ses catégories car pour les « blancs » ses cheveux semblent indomptables et très originaux, tandis que pour les noirs elle n’est et ne le sera jamais car elle est issue d’un métisage.
Également l’impact des idées reçues ancrées après la colonisation nous ronge. Pour les Européens, on a ancré en eux que les cheveux frisés sont sales, indomptables, pas professionnels ou que les coiffures sont trop atypiques. Ces idées-là proviennent de nos ancêtres, qui pour promulguer les bienfaits de la colonisation salissent l’image des colonisés.
Ces idées se sont alors aussi ancrées dans la réflexion des colonisés à travers le culte des cheveux lisses qui sont pour eux plus beaux.
Le deuxième enjeu de ce livre est le féminisme.
Rose nous montre aussi les difficultés d’être une femme, cette difficulté face aux demandes de la société.
Ces demandes d’être féminine pour se sentir femme mais pour être féminine il faut alors correspondre à certains critères. Ces même critères définis par notre société patriarcale qui oppresse les femmes, oppresse leurs choix et les pousse à être jugée, peu importe leurs choix.
Elle nous montre aussi toutes les agressions que subit au moins chaque femme au quotidien.
Conclusion :
Ce livre traite de sujet actuel de société. L’autrice nous pousse à accepter nos origines et à réfléchir à l’impact de nos mots qui peuvent sembler innocents mais peuvent blesser d’autres personnes.
Le message de ce film est d’avoir confiance en soi, malgré les critiques, afin de pouvoir se sentir bien et de se révéler.
Racines de LOU LUBIE : vrai banger ?
Racines parle de la vie d’une jeune fille et de tous les problèmes qu’elle rencontre à cause de ses cheveux. Dans un premier temps, je vais parler de la vision qu’on essaie de nous apporter tout au long du livre puis je finirai sur l’aspect plus visuel que la BD nous apporte.
Dans cette BD, j’ai pu ressentir un certain engagement contre le racisme avec le fait qu’elle soit mise dans une case qu’elle est blanche et elle a les cheveux crépus. Elle se sentait jugée par tout le monde et ne trouvait pas de solutions pour ses cheveux. Toujours critiquée par les gens, elle prit au final la décision de s’assumer et d’assumer d’où elle venait.
Le style visuel de cette BD m’a interpellé aussi bien la couverture en relief que les couleurs choisies, on retrouve souvent des couleurs chaudes qui pour moi ramènent aux origines de Rose. La mise en page est très agréable également, elle est assez régulière, le fait aussi d’incruster des minis cours pour comment s’occuper de cheveux crépus est plutôt drôle.
Pour finir, je pense que cette BD essaie de nous faire passer un message où il faut accepter qui on est, ce qu’on est et arrêter de vivre selon le regard des gens et prendre ses propres décisions pour soi. Cette BD n’est à mes yeux pas une simple BD, mais aussi un moyen de faire comprendre aux gens qui la lisent d’ouvrir les yeux sur eux-mêmes.
Je recommande grandement cette BD à tout le monde, rapide à lire, facile et parfois même drôle. Pour moi, elle est mise dans la case banger directement.
Dès la première page du livre l’auteur décide de nous plonger directement dans l’ambiance. Une jeune fille nous est présentée, prenant toute la longueur de cette première page, avec un élément particulièrement présent graphiquement : des CHEVEUX ! A première vue une histoire de cheveux peut nous sembler sans intérêt, ou au plus, un problème dit « de fille ». Le principal problème de ROSE est qu’elle possède des cheveux crépus issus des racines de son pays qui est la Réunion, cependant l’idéal de ROSE est les cheveux lisses. Seulement le problème de cette jeune fille va bien au-delà de simples cheveux mais plutôt un problème sociétal.
Un personnage d’entre deux :
Nous allons suivre cette petite fille du début de son éducation jusqu’à son âge adulte, et finalement suivre aussi l’évolution de Rose à propos de ses décisions personnelles. Rose va au fil de sa vie passer par des étapes de réconfort dans l’acceptation de ses cheveux mais toujours très subjectif et qui ne dure pas.
Un problème sociétal :
Rose est tout simplement noyée par des normes, elle va donc se plonger dans l’absurdité de celle-ci. Car chaque petite fille a une idéalisation propre de textures capillaire, avec la fameuse Barbie qui malheureusement enferme ces jeunes filles dans une pensée toute faite et très restreinte. Rose est donc prête à tout, pour ressembler à la majorité et donc à la norme. On est donc sur un problème d’acceptation de soi et de ses racines.
Malgré que Racines ne soit pas une critique frontale sur la société, ce livre nous montre comment les inégalités influencent l’évolution des personnages. De plus une fois revenue dans sa région natale l’heroïne prend conscience de la division entre les personnes qui sont restées ancrées sur leurs terres et ceux qui sont partis chercher une vie meilleure dans les grandes métropoles. Cela peut faire écho à une tension sociale moderne, avec finalement la recherche d’une vie meilleure dans les grandes villes, une angoisse de ses origines et surtout la difficulté de s’accepter dans sa propre société.
Un graphisme unique :
L’artiste nous donne à voir un style de graphisme assez particulier, mais tout à fait dans l’ère du temps avec une disposition des dessins assez atypique qui permet une visualisation assez divertissante. Vacillant entre représentations figuratives et abstraites, la couverture du livre nous le montre avec une page très texturée.
Un graphisme un peu trop unique
Seulement cette façon de présenter les cases de la BD peut être à mon sens un peu trop déroutante pour certains lecteurs.
Conclusion :
Finalement, Rose nous montre que l’idéalisation qu’elle a de ses cheveux ne peut se faire. La seule chose qu’elle ne peut renier eet donc ses racines, à la fois capillaires et natales. C’est seulement à la fin du livre que Rose accepte son origine faisant écho à la première page.