Kiev et ses alliés européens ont réclamé pendant le week-end un cessez-le-feu « complet et inconditionnel » de 30 jours à partir de lundi, condition préalable selon eux pour des discussions de paix directes entre Russes et Ukrainiens en Turquie, comme l’a proposé le président Vladimir Poutine. « Il doit y avoir un cessez-le-feu », a martelé la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, accusant la Russie de « jouer à un jeu ». Un appel sur cette proposition de trêve est prévu dans l’après-midi entre Ukrainiens et dirigeants européens, selon le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron.
Parallèlement, les attaques russes nocturnes contre l’Ukraine se sont poursuivies, comme quasiment chaque jour depuis le début de l’invasion en février 2022, un conflit qui a entraîné la mort de dizaines de milliers de soldats et civils des deux côtés. Lundi matin, un drone russe a fait un mort et trois blessés en frappant une voiture appartenant à une entreprise essentielle dans la région de Soumy (nord-est), selon les autorités ukrainiennes. Dans la partie de la région de Kherson (sud) occupée par Moscou, des frappes de drones ukrainiens ont tué quatre civils dans le village de Tchelbourda, a rapporté lundi Vladimir Saldo, le responsable local nommé par la Russie, qui occupe toujours près de 20 % du territoire ukrainien.
Sur le front diplomatique, les choses se sont accélérées ces derniers jours, alors que les discussions séparées, initiées par le président américain Donald Trump, semblaient dans l’impasse. Kiev et ses alliés européens, de concert avec Washington, ont réclamé samedi de la Russie un cessez-le-feu de 30 jours, menaçant de « sanctions massives » en cas de refus. Le président russe a ignoré l’ultimatum, proposant à son tour des négociations « directes » et « sans condition préalable » entre Moscou et Kiev, à partir de jeudi à Istanbul (Turquie).
Manœuvre « tactique ». Il s’agirait des premières discussions entre Russes et Ukrainiens depuis les premières semaines de l’invasion russe de février 2022, lorsqu’une série de réunions bilatérales, également menées pour partie en Turquie, n’avaient pas abouti à un accord de paix. Volodymyr Zelensky a répondu en invitant Vladimir Poutine à se voir « en personne » jeudi à Istanbul. Sans obtenir de réponse du Kremlin à ce stade. Pour le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko, cette invitation est une manœuvre « tactique » pour essayer de mettre M. Poutine en difficulté dans le processus de négociations.
« Si Poutine refuse (cette invitation), cela veut dire qu’il ne veut pas négocier, et pourrait avoir l’air d’un loser aux yeux de Trump », estime cet expert, qui considère le dirigeant américain comme « la principale force directrice » derrière ces négociations. Vladimir Poutine – qui réclame toujours la reddition de l’Ukraine, son renoncement à rejoindre l’Otan ou encore qu’il puisse garder les territoires ukrainiens annexés par Moscou – semble avoir une lecture différente, sachant son armée en position favorable sur le front. Lundi, l’armée russe a ainsi revendiqué la prise d’un nouveau village dans la région de Donetsk (Est).
La trêve de trois jours avec l’Ukraine ordonnée par le président russe Vladimir Poutine, à l’occasion des commémorations de la victoire contre l’Allemagne nazie à Moscou, est entrée en vigueur, ont rapporté mercredi 7 mai les médias d’État russes. « Le cessez-le-feu (…) à l’occasion du 80e anniversaire de la Grande Victoire, a commencé », a rapporté l’agence de presse officielle russe RIA.
L’Ukraine n’a jamais accepté cette trêve et l’a qualifiée de coup de communication, appelant plutôt à un cessez-le-feu de 30 jours. Quelques heures avant l’entrée en vigueur de l’ordre de Vladimir Poutine, Moscou et Kiev ont échangé une série d’attaques aériennes, entraînant la fermeture d’aéroports en Russie et faisant au moins deux morts en Ukraine.
L’Ukraine a accusé jeudi la Russie d’avoir lancé des attaques aux bombes aériennes guidées dans la nuit. L’armée de l’air ukrainienne a, toutefois, noté dans un communiqué l’absence de tirs de missiles et de drones de combat russes depuis minuit heure locale.
« Lancement de bombes aériennes guidées par l’aviation tactique ennemie sur la région de Soumy », a indiqué l’armée de l’air ukrainienne dans un communiqué dans la matinée.
Le service d’État ukrainien des situations d’urgence a fait état de frappes sur une zone résidentielle dans la communauté de Bilopillia, dans la région de Soumy. Les secouristes ont réussi à extraire une femme bloquée sous les décombres, a annoncé ce service dans un communiqué.
Dans un message séparé publié ultérieurement, l’armée de l’air ukrainienne a précisé qu’entre 21 h GMT mercredi et 5 h GMT jeudi, « aucun tir de missile ni aucune utilisation de drones d’attaque n’ont été enregistrés dans l’espace aérien ukrainien ».
Andriï Kovalenko, porte-parole du centre gouvernemental ukrainien chargé de lutter contre la désinformation, a soutenu dans un communiqué que la Russie « viole la trêve autoproclamée en attaquant la région de Soumy ». Il a aussi soutenu que ce cessez-le-feu temporaire n’était pas respecté sur « la ligne de front à l’est et la région de Kharkiv », dans le nord-est de l’Ukraine.
Le président russe a annoncé la trêve le mois dernier dans un geste « humanitaire », à la suite des pressions exercées par les États-Unis pour qu’ils mettent un terme à l’assaut qu’ils mènent depuis trois ans contre l’Ukraine.
En mars, Vladimir Poutine a rejeté une proposition conjointe américano-ukrainienne de cessez-le-feu inconditionnel et n’a depuis offert que de maigres contributions aux efforts de paix de Donald Trump.
La Maison Blanche est de plus en plus frustrée par cette absence de progrès. « Il est probablement impossible pour nous d’assurer une médiation complète sans au moins quelques négociations directes entre les deux parties », a déclaré mercredi le vice-président américain J.D. Vance.
aria agathe et romane