La cité des mortes

Ciudad Juarez : une ville mexicaine à la frontière des États-Unis, où le mot « féminicide » n’est pas qu’un terme désignant le meurtre de femmes ou filles en raison de leur conditions féminine, mais une véritable épidémie.

La dernière marche du 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, a rencontré un succès sans précédent à Mexico © María José Martínez

Selon Amnestry international, plus de 1663 cadavres ont été trouvés depuis juin 2008 et 2000 femmes sont considérées disparues. Les victimes étaient âgées de 13 à 25 ans, les corps retrouvés portaient tous des marques de sévices sexuels et de mutilations. Un triste record, mais qui est passé inaperçu, ou presque : dans celle région déchirée par la guerre des cartels de la drogue, la violence est telle et le nombre d’assassinats si important (plus de 50 000 morts depuis 2006) que quelques milliers de femmes mortes ne semblent plus déranger grand monde.

Pourtant, le 17 septembre 2009, la Cour Interaméricaine des droits de l’homme a condamné l’état du Mexique pour avoir manqué à ses devoirs : les enquêtes ne sont pas correctement menées, les indices perdus, les témoignages oubliés. On a pourtant découvert de nombreuses fosses clandestines dans lesquelles des cadavres de femmes ont été jetés (jusqu’à 24 dépouilles dans la même fosses), mais une seule enquête a, à ce jour, abouti : le procès de l’affaire Arroyo Navajo, en juillet dernier, montre que ces féminicides en série sont commis par des réseaux de criminels qui s’attaquent à des adolescentes fragiles pour les forcer à se prostituer, avant de les liquider quand elles ne sont plus assez rentables.

Le premier cadavre a été découvert en 1993, dans le désert qui sépare les Etats-Unis du Mexique. 400 autres ont été recensés jusqu’en 2003. Elles présentaient toute des point communs : issues de milieux pauvres, presque toutes ouvrières dans l’usine  de la ville. Beaucoup ont été victimes de violences sexuelles et toutes ont été étranglés. Dans la plupart des cas, les corps sont localisés des mois ou des années plus tard.

Cinq hommes ont été condamnés à 687 ans de prison chacun, mais le procès a surtout mis en lumière la corruption de policiers et de militaires, alors actifs dans la ville, et qui auraient fermé les yeux parce qu’ils profitaient des services sexuels des jeunes filles séquestrées. Les mères de ces jeunes victimes s’indignent et peignent des croix noires sur le parcours emprunté par le Pape en février 2016, croix aussitôt recouvertes par les autorités. Les femmes de tout le pays manifestent contre l’augmentation des féminicides dans tout le pays : six à sept femmes meurent chaque jour dans le pays, victimes de violence. Contre cette société patriarcale, corrompue et injuste, des milliers de femmes luttent et font entendre leurs voix et changent petit à petit les mentalités : l’élection d’Andrés Manuel Lopez Obrador à la tête du pays, et sa la lutte contre le harcèlement sexuel dans les universités, ou celle  de Claudia Sheinbaum à la tête du gouvernement de Mexico, qui ne cache pas ses convictions féministes, tout montre que le changement est en route.

Lisandre Lacombe (3ème)

Sources : vsl.fr, liberation.fr, dhal.org