Histoire(s) de migrations

Retour sur deux rencontres qui ont permis aux élèves d’apprécier une hauteur de vue nécessaire concernant les préjugés sur l’immigration et  l’histoire de l’immigration.

Le vendredi 03 février c’est Catherine Portevin*, journaliste et rédactrice à Philo Magazine,  qui est venue apporter des éléments de réponses aux élèves de Terminales ES et aux élèves de Terminale L de l’option DGEMC (Droit et Grands Enjeux du Monde Contemporain) concernant les questions et préjugés sur les migrants et les réfugiés.

 Cliquer sur l’image ci-dessous pour accéder au compte-rendu de la rencontre (L’Echo de la Corrèze 04/02/2017)

* Catherine Portevin est co-auteure avec Claire Rodier, de l’ouvrage : Migrants et réfugiés, réponses aux indécis, aux inquiets et aux réticents.  La Découverte, 2016. 94 p.

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Jeudi 09 février c’est Victor Pereira, historien et enseignant à l’Université de Pau qui s’est entretenu avec deux classes.

Les élèves de 1ère L1 avaient travaillé en amont avec M Badefort leur professeur d’Histoire-géographie afin d’appréhender au mieux la rencontre. Le support de travail utilisé a été le film : deux siècles d’histoire de l’immigration en France, un balayage en 40 minutes de l’histoire de l’immigration en France. Les éclairages de M Pereira ont permis d’avoir des éléments de réponse afin de comprendre  « les vagues successives d’arrivées d’immigrants et de réfugiés, la mise en œuvre des politiques publiques et les questions de nationalité, les réactions de l’opinion publique entre xénophobie et solidarité, le travail et les métiers de l’immigration, les combats menés en commun en temps de paix comme en temps de guerre, les modes de vie et les questions culturelles ». De comprendre également que les immigrés ont fait l’Histoire de France et de s’interroger sur l’actualité et ce que l’on appelle la « crise des migrants »,  qui, replacée dans le contexte historique serait plutôt une crise de l’accueil des migrants.

Crédit photo : Musée national de l’histoire de l’immigration. 

La classe de seconde 5 et son professeure d’Histoire Mme Botton ont eu une démarche différente puisqu’une partie de la classe a travaillé sur les documents des Archives départementales. L’objectif ici était de s’intéresser à lHistoire des étrangers en Corrèze de la IIIème République jusqu’aux années 1970. Les élèves ont du adopter une démarche d’historien puisqu’ils ont consulté et interrogé des documents d’archives : procès verbaux, relevés administratifs… Plusieurs thèmes ont été étudiés :  la participation des étrangers à la construction des barrages corréziens, la surveillance des étrangers, les réfugiés espagnols, les compagnies et groupements de travailleurs étrangers pendant la seconde guerre mondiale, les immigrés portugais en Corrèze.

crédit photo : Archives départementales 19

C’est également le travail de l’historien qui a été abordé avec M Pereira ainsi qu’avec Mme Crison et M Mendes tous deux co-auteurs du CD-ROm Histoire des étrangers en Corrèze de la IIIème République jusqu’aux années 1970.

Par ailleurs, M Pereira étant spécialiste de l’histoire de l’immigration portugaise, il a été intéressant de porter l’intérêt sur l’immigration portugaise, notamment  à Tulle et en Corrèze.

Il s’agissait aussi de comprendre que ce sont les histoires singulières, individuelles qui font aussi l’Histoire.

Mon histoire est passée par l’Espagne

De la séparation aux retrouvailles avec son père, la découverte de nouveaux pays, l’apprentissage de nouvelles langues : c’est l’histoire de Nora*, élève de seconde à Edmond-Perrier.

Illustration d’un cours d’espagnol et de catalan © Agence TULLE

Cliquer sur l’image pour accéder à l’article de La Montagne.fr

*le prénom a été changé

 

 

Plusieurs départs, une seule destination

Leïla*, lycéenne à Edmond-Perrier, témoigne du périple familial depuis le Maroc jusqu’à Tulle, en rêve de travail, d’études et d’une vie meilleure.

Le Maroc, point de départ du périple familial
(photo d’illustration) © Shalabi Basem

Cliquer sur l’image pour accéder à l’article paru sur Lamontagne.fr

(*Le prénom a été changé)

Rosy

                                                                     

                                                                            Crédit photo : CDIPerrier

   October2nd, 1894

My dear family,

     I arrived  at Ellis Island on the first of September 1894. During a long travel in the boat, the conditions were very crowded and uncomfortable. It was very hard for me, I slept in straw and the space was very small because we were a lot of people. But even if it was difficult, it was the only way to have a better life.

      I will never forget the first thing I saw when I arrived here, it was the Statue of Liberty, it was amazing! I believe in the American dream because I want to have a better life…a better future in the United States.

     Then, I was examined with other immigrants by two doctors. After the medical examination, we were asked questions by a clerk.

I felt lonely among all these people.

     During the first month in America, I worked in a factory on an assembly-line. Every night, I was very tired but it was the only way to earn money.

     Sometimes, before going to sleep, I am very homesick and I wonder how my life would be if I was still there. I miss you a lot that’s why I will send you many letters every month and once a month I will send you money.

Love,                                                                                          

Rosy

 

 

DECLOUX ANAIS/PHALIER MARLENE 2°8

Rencontre avec le photographe Gilles PERRIN

La photographie, un art que pratique Gilles PERRIN, avec beaucoup de passion et un certain savoir-faire.

Ce jeudi 19 janvier, accompagnés par Mme Garcia, notre professeure de français, nous sommes allés voir une exposition de photos au CDI du lycée. Nous avons eu la chance de rencontrer l’auteur de ces photos, Gilles PERRIN, accompagné de Nicole, sa femme avec qui il travaille pour tous ses projets. Elle s’occupe de toute l’intendance notamment pour les voyages à l’étranger. Cette exposition est intitulée « Ils sont venus d’ailleurs,  figures d’immigrés en Limousin ». Une trentaine de portraits étaient exposés dans le CDI, tous représentant une ou plusieurs personnes venues d’un autre pays et installées dans notre région. Le projet Histoire(s) de migrations mené par les professeures  documentalistes a pour but de nous faire prendre conscience que les gens qui nous entourent,  que l’on peut croiser dans la rue ou au lycée, ne sont pas toutes d’ici, mais originaires de pays différents.
Au départ, les questions se faisaient discrètes, mais au fil de la rencontre, le photographe et sa femme ont su nous mettre à l’aise en nous racontant de nombreuses anecdotes sur les voyages qu’ils ont pu faire dans le monde entier. Étant intrigués par ces multiples histoires, nous avons écouté avec attention tout ce qu’ils disaient.

« Mon travail de portraitiste que je pratique depuis plus de 25 ans a pour rôle de faire coïncider deux actions, la rencontre et le témoignage. » a t-il dit. Gilles PERRIN ne se contente pas de prendre une simple photo, il prend le temps de parler, de créer des liens avec les personnes qu’il photographie. « Je cherche la complicité de mes sujets. J’ai toujours un contact préalable au cours duquel j’explique mes intentions, ma façon de photographier » raconte Gilles. Il demande toujours l’autorisation avant de photographier une personne et à sa grande surprise, il ne s’est heurté qu’à environ 1% de refus.

  Ces photos ont la particularité d’être en noir et blanc ; elles ont été prises avec un vieil appareil sur trépied, dont il faut actionner quelques mouvements mécaniques, avant de pouvoir prendre la photo. Cet appareil lui permet de restituer l’image prise de la personne photographiée et d’en garder un exemplaire. Pour Gilles PERRIN, cette façon de travailler avec l’argentique, ces gestes à effectuer, sont très importants : « toutes les photos sont faites à basses vitesses, de la seconde au 1/8 de seconde, vitesses humaines qui me permettent de saisir une respiration, un battement de cœur », nous a-t-il expliqué. On peut sentir qu’il est passionné par ce qu’il fait et qu’il ne lui suffit pas d’appuyer sur un bouton pour capturer un instant.

Quand est venue la question de sa photo préférée, l’émotion l’a de suite submergé. Curieux d’en savoir plus, nous étions extrêmement attentifs. Alors il nous raconta l’histoire qu’il a vécue au Tibet. Un jour, alors qu’ils marchaient lui et sa femme, ils tombèrent sur un vieux monsieur, baissé vers le sol en train d’arracher quelques mauvaises herbes. Ils l’ont approché, et lui ont expliqué le but de leur photo, puis ils lui ont demandé l’autorisation de le photographier. C’est à ce moment là que le vieil homme qui n’avait toujours rien dit, le regarda de haut en bas, puis dans les yeux pendant plus d’une minute. « Une minute sans parler, à se regarder c’est long ! » dit Nicole. Gilles toujours avec autant d’émotion nous confia : « Il a vu mon âme ». Un instant qui l’a troublé. Cet homme, avait vu, juste en le scannant de la tête aux pieds, ce que personne n’avait pu voir jusqu’à ce jour, une partie intime de lui, son âme.

Estelle Farges 1ere ES2

Jeddo Habib: récit d’une migration

Le mercredi 11 janvier je suis allée avec un groupe d’élèves au CAO de St Priest Gimel où, avec Martin A nous avons pus interviewer Jeddo Habib.

Jeddo Habib,  25 ans, est originaire du Soudan. Il a émigré vers la  France à cause de la mauvaise situation politique de son pays. En effet  c’est le dictateur Omar Al Bachir qui est à la tête du pays depuis 28 ans.

Jeddo Habib. Crédit photo : CDIperrier

Le 25 novembre 2015 Jeddo quitte son pays d’origine pour la Libye où il travaillera deux ans. Mais pour rejoindre la Libye, il lui aura fallu dix jours de trajet en voiture et à jours à travailler dans les mines d’or, à la frontière du Soudan et de la Libye. Ce travail était pénible : 35 personnes y ont perdu la vie.

Il aurait voulu rester dans ce pays afin de pouvoir retourner au Soudan une fois la situation améliorée. Mais en Libye la situation s’est également dégradée. Le hommes de Omar Al Bachir a envoyé ses hommes jusqu’en Libye pour le rechercher, en vain. Au Soudan le gouvernement contrôle tout et il se passe des choses que la presse et les autorités cachent : manifestations d’opposants, conflits, personnes tuées par la police du gouvernement, morts suspectes…

Jeddo a finalement pu rejoindre la Sicile depuis la Libye à bord d’une barque en plastique.

Il garde des contacts avec sa famille. Aidé par son père durant le trajet, il laisse derrière lui toute sa famille, son métier de vendeur en plomberie ainsi que le reste de sa vie.

Depuis l’Italie il prend le train pour la France, mais ça n’est pas facile., il lui faudra dix jours pour pouvoir passer la frontière. C’est finalement caché dans un train qu’il arrive à Paris. Là, il dormait dans la rue.

Ensuite il a rejoint Calais où il est resté 2 mois. Les migrants pouvaient avoir de la nourriture mais tout était difficile à Calais. Chaque jour des migrants essayaent de sortir du territoire pour aller en Angleterre. Ils étaient harcelés par la police, il y avait des tensions en permanence. Cette expérience lui a donné une mauvaise image de la France.

Il garde un mauvais souvenir de tout ce périple et de ses différentes étapes., en effet, il a souvent été en danger.

Contrairement à certains migrants de Calais, Jeddo ne voulait pas aller en Angleterre. A la suite du démantèlement du camps de Calais en octobre 2016, Jeddo a pris un bus pour Tulle sans trop y croire. Il a choisit sa destination sur une carte de France, au hasard,  selon les possibilités qui étaient proposées et parce qu’il n’aime pas les grandes villes.. Ici il se sent bien mais surtout, il se sent en sécurité.

Il réside donc à St Priest Gimel au centre de Voilco. Il dit qu’il a été bien accueilli. Avec les autres migrants il peut faire du sport et il apprend le français grâce à des cours donnés par des bénévoles. Il parle anglais et n’aime pas vraiment apprendre dans une salle de cours mais le français lui est essentiel,  surtout pour les nombreuses démarches administratives.

Sa situation administrative est très complexe : dans le cadre de la procédure de Dublin son dossier aurait dû être suivi par les autorités italiennes mais la démarche a été annulée. Il a alors demandé l’asile en France et attend actuellement une réponse. La procédure est longue car cette démarche nécessite des preuves difficiles à rassembler, et l’Etat doit vérifier s’il a vraiment besoin d’une protection.

En attendant il a une priorité : apprendre le français avant tout !

Son parcours, Jeddo avait  du mal à en parler, mais avec le temps, il a pu nous le livrer.

 

Sarah

D’après les propos recueillis par Martin et Sarah.